La presse en parle

Concert à Sasbach 7 mai 2015 : les voix révèlent la force de la musique

La Singakademie Ortenau a choisi Händel et Beethoven pour son concert au Couvent d’Erlenbad. L’enthousiasme des 12 nationalités qui se retrouvent dans la langue commune de la musique est peut-être ce que l’on ressent surtout lors de ce concert. Dimanche soir pour son sixème concert à Erlenbad, le chef Olaf Fütterer a réuni cette fois pour ce concert autant de nations dans ce qu’il appelle son « laboratoire européen » des nations .

Il embarque avec lui dans l’aventure plus de 160 participants. Parmi eux : Le Collegium Vocale Strasbourg-Ortenau, le Philharmonischer Chor Baden Baden et les Musiciens dans frontières Alsace- Ortenau et des solistes de renom : Gabriele Hierdeis (Soprano ), Judith Ritter (Alto), Boris Pohlmann (Tenor) et Clemens Morgenthaler (Basse).

Georg Friedrich Händel et Ludwig van Beethoven étaient au programme avec, pour débuter, le « Dettinger Te Deum » du compositeur de musique baroque germano-britannique et contemporain de Jean Sebastian Bach.

Aujourd’hui il à peine concevable que des œuvres chorales religieuses soient composées pour fêter des victoires militaires, mais à l’époque de Händel c’était courant, et on peut donc s’en réjouir puisque le « Dettinger Te Deum » écrit pour 2 chœurs et orchestre en 1743 fut composé pour fêter la victoire des troupes austro-britanniques sur les troupes françaises. Cela fait partie de l’ironie de l’histoire qu’aujourd’hui des citoyens de ces mêmes nations se retrouvent pour chanter ensemble cette œuvre au nom du rapprochement entre les peuples.

Comme à son habitude, Olaf Fütterer dirige avec un tempo dynamique et rapide. Son phrasé précis cache de nombreuses surprises surtout lorsqu’après des passages plus contenus, explosent les sonorités qui mènent au frisson final. Les voix des solistes d’une grande pureté s’élèvent harmonieusement dans l’accompagnement orchestral. Le public manifeste ses remerciements par de longs applaudissements.

La messe en Ut pour solistes et orchestre opus 86 , avec ses six parties Kyrie, Gloria, Credo, Sanctus, et Agnus Dei, a été la 1ère messe composée par Beethoven, influencé très fortement par son professeur Joseph Haydn dont il a repris dans le Gloria deux thèmes de la « Schöpfungsmesse ». Dans cette œuvre magistrale Olaf Fütterer réussit une fois de plus à déployer et conjuguer la force des voix des 3 chœurs avec les excellentes voix des solistes. Et c’est par cette rayonnante puissance des voix humaines, dans le cadre monumental de la nef d’Erlenbad, que se dégage l’atmosphère absolument unique de cette soirée. L’histoire nous apprend que le prince Esterhazy qui avait demandé à Beethoven d’écrire une messe à l’occasion de la fête de sa femme n’avait pas apprécié l’œuvre. Ceci nous parait aujourd’hui inconcevable surtout si ce dernier avait eu la chance de l’entendre telle quelle a été interprétée ce dimanche à Erlenbad.

A la fin s’impose un étonnement sublime face à la force de cette musique. Dans les dernières lignes du « Dettinger Te Deum » , « O Lord, in Thee Have I Trusted »( solo pour alto et chorale) , s’exprime cette confiance dans la puissance de la musique qui par de telles interprétations, a le pouvoir d’ouvrir les cœurs et peut conduire au rapprochement des peuples.

Bodo G.Toussaint

Badische Neueste Nachrichten
10/05/2017

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